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Corps et médias sociaux : Le reflet de l’être

Facebook, Tweeter, Instagram, YouTube, Snapchat, Tik-Tok font aujourd’hui partie intégrante de nos quotidiens. Sous l’étendard de photographies, de selfies, de #hashtags, de mots anodins véhiculés par des pairs, des influenceurs voire des stars, les plus vulnérables peuvent perdre le sens de la véracité.
Tant est si bien que la frontière entre vie réelle et virtuelle s’estompe chaque jour davantage. Est-ce aux médias sociaux de refléter la réalité ou l’inverse ? Réalité humaine, corporelle… À la fois si simple dans son essence naturelle, si paradoxale dans sa matérialité pondérale et si complexe dans l’image véhiculée.

Corps, narcissisme et objectivation

Le corps est plus ou moins perçu comme un objet malléable, représentant social de ce que nous sommes. Dans le cadre de ce propos, c’est cette perception de notre corps qui est centrale. Je rejoins la position de Bruchon-Schweitzer (1987) qui la définit : « comme l’ensemble des sentiments, attitudes, souvenirs et expériences qu’un individu a accumulés à propos de son propre corps et qui se sont plus ou moins intégrés dans une perception globale ». L’utilisation des médias sociaux interfère directement sur cet élément, soit par un biais narcissique attractif entre le soi et l’autre, soit tendant à le réduire à une fonction d’objet.

La représentation de soi peut mener à la mise en scène de soi. Notamment à travers les selfies ou égoportraits. Dès lors, le corps exposé, montré, est objectifié. Égoportrait ou publicité, les chairs deviennent un objet stéréotypé. Sans cesse comparé pour être évalué afin de déterminer sa valeur, dixit notre valeur personnelle. Il doit être mince, musclé, c’est-à-dire sans « gras » et attrayant. Avec les médias sociaux, la dérive s’accélère. Comme chez les adolescentes, « les médias de masse, puissants transmetteurs d’idéaux, leur ont appris qu’elles seront jugées majoritairement sur leur apparence physique, et, plus particulièrement, sur leur corps ». Objectification mise en scène sur les médias sociaux, hashtags y faisant référence.

Le corps : Simplicité d’une essence naturelle au paradoxe pondéral

En médecine chinoise et en médecine naturelle, le corps est constitué de trois éléments principaux : la matière dense (physique, émotions, parole, mental et pensées), l’essentialité (force vitale préexistant ou champ morphogénétique) et le spirituel immatériel (esprit céleste). Ce dernier aurait pour finalité la confrontation aux autres. De cette essence naturelle découle la représentation que l’Homme en fait.

Dans nos sociétés occidentales, le corps est souvent ramené à sa matérialité physique et visible : sa musculature, ses chairs, son apparence.

Parallèlement, l’industrie agroalimentaire, proposant sans cesse de nouveaux produits et un accès quasi illimité à la nourriture à faible coût, a profondément modifié notre rapport à l’alimentation et nous a progressivement conditionnés pour trop manger. Cette facilité d’accès, cette profusion, cette exposition permanente, avec l’augmentation parallèle de la sédentarité, sont parmi les principaux facteurs de nos modes de vie obésogènes.

Pourtant, les masses médias, dont sociaux, véhiculent des images corporelles qui tendent vers un idéal de minceur si possible musclé. En outre, un apparent bonheur est exposé et accompagné d’images sublimées, pouvant renforcer chez les plus vulnérables une diminution de l’estime personnelle. Ainsi et alors que l’humanité n’a jamais connu une telle pandémie de surpoids et d’obésité, le culte de la minceur est prôné et véhiculé. Sociétés qui nous confortent par là-même à un paradoxe pondéral.

Complexité de l’image véhiculée

Que ce soit les influenceurs ou les pairs, sur les médias sociaux, l’image de minceur idéalisée véhiculée a un impact sur l’insatisfaction corporelle féminine et masculine. La personne qui s’y dévoile et celle qui regarde sont impactées dans leur estime. Ainsi, image corporelle et estime de soi sont étroitement connectées.

En outre, la réalité diverge des extraits savamment présentés dans les médias sociaux. Entre photo-retouches et montages, la mise en scène est souvent tellement extravagante qu’elle finit par rendre méconnaissable la prétendue vérité du corps. De plus, les outils de retouches photo entravent l’estime de soi, car l’œil ne peut détecter leurs effets techniques corrélés. Cette nourriture de l’illusion, de la comparaison est omniprésente.

Quant aux applications healthy, minceur, diet food et autres, elles convergent et renforcent un cercle pernicieux.

Des mots aux maux

Les réseaux sociaux prétendent encadrer certains contenus. Or toute personne peut exposer des recommandations. Il n’existe qu’un faible contrôle sur quelques mots. Pourtant, la grande majorité des conseils donnés sur les réseaux sociaux visent une alimentation de type restrictive. Ainsi, la réalité des conseils prodigués et facilement accessibles va majoritairement à contre-courant des besoins physiologiques et psychologiques, d’une saine relation à son corps et à la nourriture. Ici, le besoin vital alimentaire est détourné pour devenir un outil destiné à façonner le corps, l’image, c’est-à-dire la représentation de soi. D’où un grand écart psychologique entre tentations et restrictions.

Au cœur de ce schéma de corps parfait s’inscrivent d’autres tendances qui peuvent ouvrir la voie à des troubles du comportement alimentaire (TCA), dont la boulimie ou l’anorexie mentale. Et ce jusqu’à n’être que le reflet de soi.
Comparaison, images présentées souvent optimisées, comment savoir où est la « norme » ? Comment savoir qui je suis, ce que je suis et ce que je devrais être ? Est-ce cette image qui détermine ma valeur intrinsèque ? Ne suis-je que le reflet de moi-même ?

Bibliographie

Boudon, P. (1979). La représentation du corps dans la pensée et la médecine chinoise. Anthropologica, 73‑120.

https://cas-sca.journals.uvic.ca/index.php/anthropologica/issue/view/80

 

Bruchon-Schweitzer, M. (1987). L’image du corps de 10 à 40 ans : Quelques facettes de cette image d’après le questionnaire QIC. Bulletin de psychologie, 40(382), 893‑907.

https://www.persee.fr/doc/bupsy_0007-4403_1987_num_40_382_13473

 

Despeux, C. (2007). Âmes et animation du corps : La notion de shen dans la médecine chinoise antique. Extrême-Orient Extrême-Occident, 71‑94.

https://www.persee.fr/doc/oroc_0754-5010_2007_num_29_29_1086

 

Di Venti, I., Nahon, S., & Colpé, C. (2019). Les adolescentes et les diktats de la beauté sur Instagram. Quelle influence sur leur image corporelle et leur utilisation du réseau social ?

https://fas.umontreal.ca/public/FAS/fas/Documents/3-Etudes/horizon/R%25C3%25A9seaux_sociaux_et_image_corporelle.pdf

 

Goffman, E. (1973). La mise en scène de la vie quotidienne. Tome 1. La présentation de soi. Paris: Minuit, 110‑111

https://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Pr%C3%A9sentation_de_soi._La_Mise_en_sc%C3%A8ne_de_la_vie_quotidienne_I-2089-1-1-0-1.html

Diététicienne-Nutritionniste spécialisée en TCA

Laurence MYR est diététicienne-nutritionniste D.E., spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), et experte de justice en diététique près la Cour d’appel d’Agen. Maître ès sciences de la consommation et de l’alimentation.