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Maladies Non Transmissibles (MNT) : où en sommes-nous ?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS). Cette vision globale de la santé met en lumière l’importance du bien-être dans toutes ses dimensions. Pourtant, les maladies non transmissibles (MNT) ou maladies dites chroniques, souvent insidieuses, menacent cet équilibre. Responsables de 80 % des décès prématurés dans le monde (OMS), elles s’immiscent progressivement dans nos vies, soulignant l’urgence d’agir, notamment via une approche nutritionnelle réfléchie.

Que sont les MNT ?

Les maladies non transmissibles, ou maladies chroniques, regroupent un ensemble de pathologies qui évoluent sur le long terme. Selon l’OMS, elles incluent, entre autres les :
• Cardiopathies : maladies affectant le cœur, comme les infarctus ou l’insuffisance cardiaque.
• Cancers : prolifération anormale de cellules, pouvant toucher divers organes.
• Affections respiratoires chroniques : telles que l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).
• Diabète : trouble de la régulation du sucre dans le sang, de type 1 ou 2.
• Dyslipidémie : déséquilibre des lipides sanguins, comme un excès de cholestérol ou de triglycérides.
• Hypertension artérielle (HTA) : pression sanguine anormalement élevée, facteur de risque cardiovasculaire.
• Maladies neurodégénératives : comme Alzheimer, caractérisée par une dégénérescence progressive des neurones.

Contrairement à une idée répandue, l’obésité et le surpoids ne sont pas systématiquement des facteurs de MNT. Cette vision, souvent grossophobe, est aujourd’hui remise en question par des approches médicales qui démontrent qu’une bonne santé est possible à tout poids. Les MNT peuvent toucher toutes les tranches d’âge et tous les indices de masse corporelle (IMC), car elles résultent d’une combinaison complexe de facteurs génétiques, physiologiques, environnementaux et comportementaux selon l’OMS.

Données chiffrées des MNT

Le poids des MNT est alarmant. En 2021, elles ont causé 43 millions de décès dans le monde, soit 75 % de la mortalité hors pandémie. Plus préoccupant encore, 18 millions de ces décès concernaient des personnes de moins de 70 ans (OMS). L’OMS, dans son rapport 2025, souligne que l’objectif de réduire d’un tiers la mortalité prématurée par MNT d’ici 2030, inscrit dans les Objectifs de développement durable (ODD), est loin d’être atteint.

En France, les chiffres sont tout aussi éloquents. En 2023, 637 082 décès ont été enregistrés, soit 36 000 de moins qu’en 2022. Les cancers demeurent la première cause de mortalité, suivis des maladies cardio-neuro-vasculaires, qui représentent environ 140 000 décès par an, soit un décès sur cinq, et près d’un million d’hospitalisations annuelles selon Santé Publique France.

Facteurs de risque : de l’assiette à l’ordonnance

Les MNT sont influencées par plusieurs types de facteurs :
• Facteurs génétiques : non modifiables, ils sont hérités de notre patrimoine génétique ;
• Facteurs physiologiques : liés au fonctionnement de l’organisme, ils peuvent être influencés par des interactions entre génétique, comportements et environnement d’après EUPATI ;
• Facteurs environnementaux : pollution de l’air, de l’eau, des sols, conditions de travail ou d’habitat, mais aussi l’accès à une alimentation de qualité selon la Fondation de France ;
• Facteurs comportementaux : parmi lesquels quatre déterminants majeurs dépendent de nos choix de vie :
1. Le tabagisme ;
2. Une alimentation déséquilibrée, riche en sel, sucres libres, graisses saturées et aliments ultra-transformés ;
3. Une consommation excessive d’alcool ;
4. Le manque d’activité physique.

L’alimentation joue un rôle clé. Les choix individuels mais également collectifs peuvent précéder, voire aggraver, les MNT.

Les MNT : une responsabilité partagée

Si les choix individuels sont importants, les MNT sont aussi le reflet de décisions sociétales.

L’industrie agroalimentaire, via ses politiques économiques et un lobbying puissant contre la santé publique, favorise la consommation d’aliments ultra-transformés du 4ème groupe NOVA (produits riches en additifs, sucres et graisses artificielles). Ces aliments, souvent moins onéreux que ceux du groupe 1 (aliments bruts tels que la viande, les fruits et légumes), supplantent les traditions alimentaires riches de savoirs ancestraux. Ils dérèglent les comportements alimentaires et contribuent à l’essor des MNT selon l’INSEE.

Les choix gouvernementaux de maintenir les aliments ultra-transformés, tels que le pain de mie par exemple, à bas prix alors qu’ils favorisent à la fois un dérèglement alimentaire et les prises alimentaires impactent les décisions individuelles.

Ces aliments, dont les bénéfices sont supérieurs pour l’industrie agroalimentaire, détrônent progressivement les us et coutumes ancestraux dans les foyers. Ils remplacent insidieusement les aliments et les plats traditionnels, qui sont naturels et riches de plusieurs centaines d’années de connaissances empiriques.

En outre, depuis 1960, la part du budget des ménages français consacré à l’alimentation a chuté de 35 % à 20 % en 2014. Pratiquement divisé par deux au profit de secteurs comme les loisirs ou la technologie (INSEE) qui demeurent non essentiels. Cette « paupérisation » de l’aliment autrefois consommés avec modération (comme la viande ou les sucreries) a bouleversé les habitudes alimentaires, rendant l’opulence alimentaire problématique.

Plaidoyer pour une autre approche de l’alimentation

Face à l’ampleur des MNT, réhabiliter l’alimentation comme un besoin vital, respectueux de l’environnement, de la nature et des Hommes apporterait une meilleure santé aux populations. En valorisant les aliments bruts, issus de traditions durables, nous pouvons non seulement préserver notre santé, mais aussi celle de notre planète. La nutrition n’est pas une simple option : elle est une clé pour réduire l’impact des MNT et retrouver un équilibre global.

Bibliographie

Constitution de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – 22/07/1946
https://www.who.int/fr/about/governance/constitution

Maladies non transmissibles – OMS 23/12/2024
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/noncommunicable-diseases

Association for Size Diversity and Health (ASDAH)
asdah.org

Santé Publique France
https://www.santepubliquefrance.fr/

Facteurs de risque chez les sujets malades et en bonne santé
https://toolbox.eupati.eu/resources/facteurs-de-risque-chez-les-sujets-malades-et-en-bonne-sante/?lang=fr

Recherche sur l’impact de l’environnement sur la santé
https://www.fondationdefrance.org/fr/sciences-et-environnement

Cinquante ans de consommation alimentaire : une croissance modérée, mais de profonds changements
https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379769

 

Diététicienne-Nutritionniste spécialisée en TCA

Laurence MYR est diététicienne-nutritionniste D.E., spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), et experte de justice en diététique près la Cour d’appel d’Agen. Maître ès sciences de la consommation et de l’alimentation.