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Consommer bio : entre engagement éclairé et vulnérabilités exploitées

L’agriculture biologique : d’un acte militant à un phénomène de masse

Née après la Seconde guerre mondiale, en opposition à l’essor d’une agriculture industrialisée consommatrice d’intrants de synthèse, l’agriculture biologique fut d’abord un acte militant. Refus d’un modèle consumériste, aspiration à une alimentation saine et respectueuse du vivant : elle portait en elle une critique radicale d’un système.

« Phénomène d’abord marginal, la consommation d’aliments biologiques a émergé ces dernières années sur la place publique, devenant un sujet de société suffisamment important pour que des médias de masse y consacrent régulièrement des articles de presse et des émissions de télévision. »

Mais cette démocratisation a ouvert la porte à une autre réalité : celle d’une récupération mercantile d’un engagement sincère.

Du choix éthique à la vulnérabilité : le bio sous pression marketing

L’alimentation est un acte global qui impacte notre corps, notre psychisme, mais également notre environnement au sens large. Choisir de consommer des produits AB traduit souvent une volonté de cohérence : préserver sa santé, limiter son exposition aux résidus chimiques, soutenir des pratiques agricoles respectueuses. Manger bio, ou non, est un choix personnel qui concerne chaque consommateur.

Cependant, cette recherche de « naturel » voire de « pureté » peut devenir une faille exploitable, une vulnérabilité.  Derrière des intentions vertueuses, se glissent parfois des intérêts bien moins désintéressés. L’idéal devient un marché. Et certains en font un terrain d’influence.

Les portes d’entrées des pseudo-sciences

Revues « gratuites » dans les magasins bio, brochures, prospectus et affiches apposés dans diverses enseignes ventant des stages, ou soins aux noms savamment étudiés, gammes de produits dits « naturels », stands présents sur diverses foires bio… Ces approches sont autant de stratégies marketing ciblant les vulnérabilités une population « en quête de sens »  qui souhaitent prendre soin de sa santé grâce à des méthodes et produits naturels.

Dans cette lignée, foisonnent les figures autoproclamées et non médicalement encadrées : naturopathes, énergéticiens, « coachs de vie », thérapeutes holistiques…. Tous proposent une prise de rendez-vous rapide, de l’écoute, une approche qu’ils qualifient souvent de « holistique » « naturelle ». Tout ce qui est parfois reproché aux professionnels de santé diplômés d’État.

Mais cette promesse, séduisante, peut cacher un vide juridique… et parfois des risques bien réels.

Tout ce qui est « naturel », n’est pas synonyme de bio ni d’innocuité

Dans l’esprit du public, le « naturel » est souvent perçu comme meilleur, voire inoffensif. C’est un raccourci dangereux.

En outre, une confusion est fréquemment entretenue dans l’esprit des consommateurs biologiques entre naturel et bio. Prenons l’exemple des compléments alimentaires : beaucoup sont vendus sous couvert de « médecine douce », parfois avec des mentions faussement rassurantes – « bio », « approuvé par le Dr X », « efficacité prouvée à Y % ». Mais ces affirmations, sans fondement scientifique solide ni contrôle officiel, sont souvent de simples stratégies marketing.

Des leviers marketing adaptés à l’ensemble de l’acte d’achat

Le nom ou la marque incluent souvent le mot bio. Mais ce mot sans certification adéquate n’a aucune valeur contractuelle.

Le mode de distribution est ciblé sur des secteurs drainant des clients en quête de produits naturels et/ou de soins.

La communication, par de faux articles, qui sont seulement destinés à vanter des bénéfices qu’aucune étude scientifique ne confirme est un puissant outil de persuasion. Qui remet en cause quand il est noté, par exemple, « certifié par le Docteur Dupont » ? ou « des études ont prouvé une amélioration dans x% après 30 jours de consommation » ?

Quant au prix, chacun sait que le bio est un peu plus onéreux. En outre lorsqu’une personne est en souffrance, elle est apte à dépenser une somme plus ou moins importante.

Ces vulnérabilités existent et sont exploitées sans état d’âme par les divers protagonistes.

Les risques réels des pseudo-sciences pour la santé : illusion, confusion, danger

Quand bien même le produit serait bio, prendre des compléments alimentaires sans avoir un dosage sanguin réalisé par un laboratoire médical conventionné, est au mieux inutile, au pire dangereux. La prise de suppléments (même naturels) peut perturber l’équilibre de l’organisme. La surconsommation de certaines vitamines ou oligo-éléments est loin d’être anodine.

Ainsi des référence nutritionnelles en vitamines, minéraux et oligo-éléments ont été étudiées et publiées.

L’effet placebo… ou la dérive vers la croyance

L’efficacité perçue de certains conseils (arrêt du gluten, du lait, jeûne, crudivorisme…) repose parfois sur une réorganisation alimentaire globale, et non sur l’exclusion elle-même. Le bénéfice provient souvent du changement de comportement, de la prise de conscience, d’un retour à des repas plus structurés, moins transformés.

Mais en l’absence de connaissances scientifiques solides, ces démarches peuvent devenir risquées. Pire encore, elles peuvent conduire à un isolement alimentaire, voire à des troubles du comportement alimentaire (TCA). Ne plus savoir que manger se rapproche de ces pathologies.

Et c’est là que le glissement vers des mécanismes sectaires devient possible. La MIVILUDES recense chaque année des cas de dérives thérapeutiques graves dans l’univers du bien-être et de l’alternatif.

Des repères fiables existent : exigez-les !

Seuls les professionnels de santé enregistrés à l’Agence Régionale de santé (ARS) et disposant alors d’un numéro RPPS sont autorisés à proposer un accompagnement nutritionnel.

Il existe des médecins, conventionnés, diplômés, qui intègrent des approches naturelles : homéopathie, acupuncture, phytothérapie, aromathérapie… Ces professionnels de santé conjuguent démarche holistique et sécurité.

En tant que diététicienne-nutritionniste diplômée d’État, spécialiste des TCA, et experte agréée auprès des tribunaux, je vois trop souvent des parcours marqués par la désillusion, la dénutrition,  les TCA (troubles des comportements alimentaires). Trop de personnes se trouvent acculées ne sachant plus que manger.

Conclusion : consommer bio, oui, mais en conscience

Consommer bio reste un choix éclairé, fondé sur des valeurs. Mais ce choix exige vigilance, discernement et esprit critique. Derrière l’étiquette « naturel », se cachent parfois des influences insidieuses, voire des dangers.

L’alimentation est un soin à part entière. Elle mérite mieux qu’un marketing qui joue sur les peurs, la souffrance ou la crédulité.

Bibliographie

MIVILUDES

https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/ 

 

ANSES – Références nutritionnelles

https://www.anses.fr/fr/content/les-references-nutritionnelles-en-vitamines-et-mineraux

 

Massey, Camille – Exploration des processus de choix des consommateurs intermittents d’aliments biologiques (2016)

https://corpus.ulaval.ca/entities/publication/e142571b-0890-4222-ad25-2d10e66c6449 

Diététicienne-Nutritionniste spécialisée en TCA

Laurence MYR est diététicienne-nutritionniste D.E., spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), et experte de justice en diététique près la Cour d’appel d’Agen. Maître ès sciences de la consommation et de l’alimentation.