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Alimentation saine – Quelle responsabilité ?

L’alimentation saine repose-t-elle sur une responsabilité individuelle, une responsabilité collective ou une responsabilité partagée entre les deux ?

Je pense que l’alimentation saine repose sur une responsabilité individuelle et collective, donc partagée, puisque chaque individu forme la collectivité et que le milieu dans lequel nous évoluons interfère sur nos décisions. Les interactions sont complexes et omniprésentes entre individus, groupes, et les environnements, entre l’offre et la demande. Chacun, selon la théorie des parties prenantes1, a un intérêt à collaborer.

Que nous prenions les déterminants qui influencent nos choix2a ou le modèle socioécologique2b nous remarquons que l’individu est au cœur de ces théorisations, mais que des facteurs externes dont environnementaux sont concomitamment responsables des choix alimentaires, sains ou pas.

Cette multitude d’acteurs a un impact sur nos actes individuels comme le montrent Dubuisson-Quellier & Plessz3, mais également sur les divers milieux.

Manger sain et automatisme sont-ils compatibles ?

Quand nous évoquons la notion d’automatisme, je pense qu’elle va au-delà de l’achat. L’acte alimentaire s’est progressivement dénaturé. De besoin primaire, la société occidentale par divers artefacts a modifié notre rapport à l’alimentation.

Financièrement, la majorité des individus lui consacre un budget minimal.

Temporellement, je sais que quand je demande à mes patients de se poser au moins 20 minutes pour manger sans écran, cela est une étape très difficile, et je le comprends aisément.

Quant aux choix, si des personnes achètent des fruits et légumes, il est plus facile d’ouvrir un paquet de X ou Y aliments que d’éplucher une orange qui met en plus du jus plein les doigts !

La responsabilité collective serait, à l’exemple des messages de la vision d’une alimentation saine de rendre à la prise alimentaire et à l’acte de manger leur vraie valeur.

Distance et coûts sont-ils des freins à une alimentation saine ?

Si effectivement la distance à parcourir peut-être un frein, je suis plus nuancée par rapport au coût.

En effet, l’alimentation jusqu’au XVIIIe siècle représentait 75 à 80% du budget familial4. Aujourd’hui cette part « représente moins de 10%. Ainsi aucune autre période de l’histoire n’a permis aux masses sociales le choix de dépenses superfétatoires (…), les achats plaisirs prennent souvent le pas sur les achats de nécessité.5 »

Aussi, je pense qu’une personne qui souhaite réellement manger sain, fera passer ce poste avant les loisirs voire le superflu.

Pourtant si les pratiques recrutent les individus, ceux-ci dans leur habitus ont la responsabilité, en fonction de leurs capacités, de faire des choix les plus sains possible. En devenant consomm’acteur6, chacun peut changer le monde.

« Nous réalisons que ce que nous accomplissons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas dans l’océan, elle manquerait » (Mère Theresa). Quelle sera la teneur de notre goutte ?

Bibliographie

(1) Mercier, S. La Théorie Des Parties Prenantes: Une Synthèse de La Littérature. Décider Avec Parties Prenantes 2006, 157–172.

(2) Contento, I. R. Nutrition Education: Linking Research, Theory, and Practice: Linking Research, Theory, and Practice; Jones & Bartlett Learning, LLC: Sudbury, UNITED STATES, 2010. a) p.37 et b) p.122

(3) Dubuisson-Quellier, S.; Plessz, M. La théorie des pratiques. 2013, 25.

(4) Fourastié, J. Les Trente Glorieuses: Ou la révolution invisible de 1946 à 1975; Fayard, 2014.

(5) Heilbrunn, B. La Consommation et Ses Sociologies-4e Éd.; Armand Colin, 2020.

(6) Consommacteur (ou consom’acteur) – Définition du glossaire https://www.e-marketing.fr/Definitions-Glossaire/Consommacteur-consom-acteur-

Laurence MYR

Diététicienne nutritionniste Diplômée d’État spécialisée - D.U. Nutrition de l'Obésité et Conséquences Métaboliques, D.I.U. Troubles du Comportement Alimentaire (TCA) et DPC Diabète (DT2)

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